Le bore out syndrom

Les mécanismes du #boreout

On savait déjà qu’une automobile s’abîme bien plus vite quand elle est immobilisée que quand elle roule régulièrement. On sait maintenant qu’il en est de même pour le cerveau humain. C’est un outil qui s’use si l’on ne s’en sert pas et qui se renforce si l’on s’en sert. En cas d’inactivité, il se détériore très rapidement. Le « placard » dans la fonction publique, le « mitard » dans la prison, la « quarantaine » dans les grandes écoles ou dans l’armée témoignent que l’inactivité imposée est la méthode la plus ancienne et la plus performante pour dépersonnaliser l’individu, car, lorsqu’on coupe celui-ci de tous ses liens, son cerveau vit une situation de rupture et de vide insupportable : certains se suicident.

Du harcelement

Exclure une personne du groupe de travail est une manière de la faire disparaître sur un plan psychologique. C’est une forme fréquente de harcèlement moral, parfois en accord tacite, voire actif de l’équipe : refus de toute communication orale en n’utilisant que des Post-it, des e-mails, absence de convocation aux réunions, privation des outils de communication (téléphone, ordinateur, accès aux bases de données de l’entreprise…), bureau à l’écart, insalubre ou supprimé, horaires différents sans raison… 

La honte

Le bore-out est aussi honteux que la prostitution, car les prostituées, elles au moins, travaillent ! Pourtant, le bore-out est infiniment destructeur et préfigure la future explosion de la société du travail.

Abandonner son poste

Atteint par le bore-out syndrom, le salarié qui a un poste et un salaire, mais rien à faire, peut craquer et tout laisser tomber brutalement. Cette situation est bien plus courante qu’on ne le croit, particulièrement dans le secteur public où un fonctionnaire qui fait autre chose, le plus souvent une activité privée, parfois une activité élective, ne met soudain plus les pieds à son bureau. Mais pour qu’on puisse parler d’abandon de poste, il faut que l’employeur constate l’abandon, bloque le salaire et mette en route une procédure juridique adéquate.

Réduire le temps de présence

Pour réduire le temps passé au travail, le salarié peut arriver en retard et partir en avance. Il peut aussi « glander » dans les couloirs, à la machine à café et dans tout autre lieu que son bureau. Il importe alors que le bureau, en son absence, « émette » des signaux suggérant sa présence ou une absence courte alors qu’il demeure à proximité. Par exemple, le salarié laissera sa veste sur le dossier de sa chaise – après avoir pris la précaution de vider ses poches…

Inventer des tâches 
L’art et la créativité sont des activités compensatoires qui permettent de se réaliser hors des chemins balisés par le travail quotidien. La pratique d’un art au bureau est rare, mais existe : lequel de nos parents n’a pas vu au moins une fois une dame chargée d’un poste de surveillance où l’activité est rare ranger son tricot ou sa broderie à son arrivée au guichet ?

Dans une lettre adressée à Finecellwork, un détenu, prisonnier à vie, raconte :
« Un mec m’a un jour demandé de l’aider. Il avait cassé ses lunettes et il devait finir un motif de broderie. Certes, je suis très viril, mais je lui devais bien ça. Je lui ai fait promettre de ne rien dire à personne et je me suis caché dans un placard… J’ai commencé à coudre à 9 heures du soir… jusqu’au lendemain matin où on est venu nous chercher pour le petit déjeuner. Une nuit entière avait passé, sans penser au suicide, sans larmes : ça, c’est rare…

Ne rien faire, sans culpabiliser
Comme l’explique sur son blog #EdwigeCampdoras, si vous avez le sentiment de ne plus rien comprendre :
« C’est que le moment est venu pour vous d’apprendre quelque chose de nouveau : bienvenue au club ! Si vous ne comprenez plus rien à rien, c’est que le modèle occidental ne fonctionne plus pour vous. Il ne correspond plus à ce que vous attendez d’un modèle de vie. Cela signifie que vous souffrez d’une carence fondamentale dans votre vie, et que le fait de réagir à des stimuli extérieurs ne vous comblera jamais. Si vous ne comprenez rien à rien, c’est que tout ce qu’on vous a appris ne répond plus à vos questions profondes, instinctives, viscérales. Vous voilà donc prêt pour essayer de nouveaux concepts. Le sentiment de désarroi est normal chez tout être humain, imparfait par définition. C’est un préalable sine qua non au changement. Comment changer si tout est évident à nos yeux ? Nous ne pouvons changer que lorsque nous sommes mal à l’aise ou que nous nous sentons perplexes. En cas de désarroi, prenez conscience que de nouveaux horizons s’ouvrent à vous. Vous êtes plongés dans l’incertitude ; vous êtes donc à même de prendre des risques et d’envisager des solutions qui ne vous sont pas familières. Bref, vous êtes mûr pour changer… Si nous étions dans un état de béatitude, nous n’éprouverions nulle envie de changer. »

L’hyperadaptation à l’inactivité
Les gens qui demeurent « sans rien faire » trop longtemps vivent ce processus. Au début, ils se plaignent de la situation. Puis, petit à petit, ils la supportent et ils s’habituent pour finalement y prendre du plaisir : ils se sont déprogrammés du « besoin de travailler » – on dit qu’ils ont désappris le travail – tandis que, simultanément, ils se sont reprogrammés à l’« inactivité », en apprenant à l’absorber, à s’en nourrir. Ce saut « quantique » est fortement facilité s’ils sont payés pour cela, la motivation financière poussant à travailler n’intervenant plus.
En phase finale, ils seront « hyperadaptés à l’inactivité » ou « hyperinadaptés à l’activité ». Cette hyperadaptation se traduira par un symptôme : ils seront terrorisés à l’idée de devoir retravailler un jour et ils s’accoutumeront parfaitement à l’aide sociale, celle-ci leur semblera bien préférable à la reprise d’un travail. Ils réclameront plus pour rester sans rien faire : « Je connais mes droits ! »
« Eh, oh, je ne suis pas payé pour travailler, je suis payé pour être là ! Ça, c’est du travail que tu me donnes ! Alors il me faut des heures complémentaires ! (Entendu dans la fonction publique.) »

Le placard

L’utilisation du placard existe depuis longtemps au sein de la haute administration où les fonctionnaires sont sous le joug de politiciens dont la rigueur n’est pas toujours à la hauteur de leur mandat. D’où l’invention de cette technique de « punition-torture » pour fonctionnaire trop rigoureux. Ce dernier étant titulaire et inamovible, on le mute à un poste où il n’a rien à faire, sans aucune responsabilité, aucune tâche. Le @placardisé se retrouve dans une situation précaire.
Ayant vécu de hautes responsabilités sous stress jusque-là et démontré de fortes capacités à traiter des dossiers complexes, cet homme, brutalement privé du flux d’activité qui alimentait sa psyché, décompense et s’écroule, avec, à la clé, un risque dépressif car il finit par intérioriser le jugement porté sur lui. Une attirance pour le suicide peut émerger pour les plus fragiles ou les plus exposés dans leur mission, alors même que leurs compétences ne sont pas en cause.

Le placard peut être utilisé comme sanction qui ne figurera pas dans le CV. Il est ainsi détourné de son but initial et les extraits présentés ci-dessous concernent des fonctionnaires « placardisés » pour avoir dénoncé des actes politiquement non corrects – le statut de sentinelle citoyenne étant en contradiction avec l’obligation de réserve. À l’inverse, un fonctionnaire « obéissant » qui couvre les nombreuses transgressions des élus se verra décerner en grande pompe une, voire plusieurs décorations, même s’il s’agissait de couvrir un détournement de fonds ou des fuites politiques.

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